La Cocamidopropyl Betaine (CAPB) est un tensioactif zwitterionique dérivé des acides gras du coco : sa molécule porte à la fois un ammonium quaternaire chargé positivement et un groupe carboxylate chargé négativement. Présente dans la grande majorité des shampoings, elle n’y joue presque jamais le rôle de lavant principal. Elle sert de co-tensioactif : elle adoucit les tensioactifs anioniques, stabilise la mousse, contribue à la viscosité et apporte un léger effet conditionnant sur la fibre.
Son nom prête à confusion : la CAPB n’est pas fabriquée à partir de la bétaïne naturelle (triméthylglycine) de la betterave. « Bétaïne » désigne ici une famille chimique, celle des molécules qui associent un azote quaternaire et un carboxylate. Hairswiss détaille sa structure, son comportement selon le pH et les points de vigilance liés à ses impuretés de fabrication.
Qu’est-ce que la Cocamidopropyl Betaine ?
La CAPB est un mélange de molécules proches dont la chaîne grasse provient de l’huile de coco ou de palmiste, majoritairement en C12 (acide laurique). Son composant principal, la Lauramidopropyl Betaine, a pour formule C19H38N2O3 et une masse molaire d’environ 342,5 g/mol.
Sa synthèse se fait en deux étapes :
- Amidification : les acides gras (ou leurs esters méthyliques) réagissent avec la diméthylaminopropylamine (DMAPA). L’amine primaire forme une liaison amide et donne une amidoamine, qui conserve une amine tertiaire libre.
- Bétaïnisation : l’amine tertiaire est quaternisée par l’acide chloroacétique en présence de soude. On obtient le groupe carboxyméthyle de la bétaïne et, comme sous-produit, du chlorure de sodium.
La matière première est livrée sous forme de solution aqueuse à environ 30 % de matière active. La base de données européenne CosIng lui attribue les fonctions de tensioactif nettoyant, booster de mousse, agent conditionnant capillaire, antistatique et régulateur de viscosité.
Comment la charge de la CAPB varie-t-elle avec le pH ?
L’azote de la CAPB est entouré de quatre atomes de carbone : sa charge positive est permanente, quel que soit le pH. Le groupe carboxylate, lui, est un acide faible. Une bétaïne ne peut donc exister que sous deux formes :
- zwitterionique (une charge + et une charge −, globalement neutre) dans la plage de pH habituelle des shampoings ;
- cationique en milieu plus acide, lorsque le carboxylate se protone et que seule la charge positive subsiste.
Cette part cationique explique pourquoi les bétaïnes conditionnent mieux dans les formules à pH bas : la molécule est attirée par les sites anioniques de la kératine, surtout sur les cheveux décolorés riches en acide cystéique. C’est aussi la différence avec les vrais amphotères de type amphoacétate (Sodium Cocoamphoacetate), qui peuvent être anioniques, zwitterioniques ou cationiques selon le pH. Les sultaines, comme la Cocamidopropyl Hydroxysultaine, remplacent le carboxylate par un sulfonate qui reste ionisé : elles restent zwitterioniques sur toute la plage de pH cosmétique.
Pourquoi la CAPB rend-elle un shampoing plus doux ?
L’agressivité d’un tensioactif anionique dépend surtout de ses monomères libres, qui pénètrent la couche cornée et la cuticule et se lient aux protéines. Ajoutée à un tensioactif anionique (sulfate, oléfine sulfonate, sulfosuccinate), la CAPB s’insère dans ses micelles et forme des micelles mixtes. Sa tête zwitterionique s’intercale entre les têtes anioniques et réduit leur répulsion électrostatique : les micelles se forment à plus faible concentration et deviennent plus stables.
Résultat : moins de monomères anioniques libres dans la solution de lavage, donc une interaction plus faible avec la kératine et les lipides du cuir chevelu. C’est la raison principale de sa présence dans les shampoings : réduire l’irritation que provoqueraient des tensioactifs purement ioniques. Le même principe structure les systèmes mixtes décrits dans notre article sur les tensioactifs aux acides aminés et l’isethionate et dans celui sur la Lauramidopropylamine Oxide, un autre co-tensioactif à caractère amphotère.
Quel rôle joue-t-elle sur la mousse et la viscosité ?
La CAPB densifie la mousse et la rend plus stable, en particulier en présence de sébum, qui tend à faire retomber la mousse des anioniques seuls. Elle agit aussi sur la texture du produit. Associée à un tensioactif anionique et à du chlorure de sodium, elle favorise la croissance des micelles sphériques en micelles allongées, dites « vermiformes », qui s’enchevêtrent et font monter la viscosité. Au-delà d’une certaine quantité de sel, la viscosité redescend : c’est la « courbe de sel » que tout formulateur ajuste.
Ce mécanisme explique pourquoi on lit souvent, en tête de liste INCI, la séquence tensioactif anionique, Cocamidopropyl Betaine, Sodium Chloride. Dans les bases sans sulfates, où le sel épaissit moins bien, les formulateurs complètent avec des polymères. Dans les formules qui contiennent des polymères cationiques, le système anionique-zwitterionique participe en outre à la formation du coacervat qui se dépose sur la fibre au rinçage, un mécanisme décrit dans notre article sur les Polyquaternium.
La Cocamidopropyl Betaine est-elle allergisante ?
La CAPB a été désignée « allergène de l’année » 2004 par l’American Contact Dermatitis Society. Les travaux qui ont suivi ont montré que la sensibilisation est surtout liée à deux impuretés de synthèse : l’amidoamine (cocamidopropyl diméthylamine) et la DMAPA résiduelle. Une partie des réactions décrites comme allergiques relève aussi de l’irritation.
Le Cosmetic Ingredient Review (CIR) a conclu que la CAPB et les amidopropyl bétaïnes apparentées sont sûres en cosmétique lorsqu’elles sont formulées pour être non sensibilisantes. Son évaluation quantitative du risque n’a pas montré de sensibilisation dans les produits finis avec 0,01 % de DMAPA dans la CAPB brute, alors que 0,5 % d’amidoamine pourrait sensibiliser dans certains produits. Les principaux fabricants spécifient aujourd’hui des teneurs inférieures à 0,3 % d’amidoamine et à 15 ppm de DMAPA. Pour le professionnel, la qualité de la matière première compte donc davantage que la présence de la CAPB elle-même. En cas de réaction suspecte chez un client, un test épicutané chez le dermatologue permet de trancher.
Quels shampoings professionnels utilisent la CAPB comme co-tensioactif ?
Le Gentle Relief Shampoo de NIKA, disponible sur cliCHair.ch, illustre bien le système à double amphotère : il associe le Sodium C14-16 Olefin Sulfonate à la Cocamidopropyl Betaine et au Sodium Cocoamphoacetate, sans SLES ni SLS. Les deux amphotères adoucissent l’oléfine sulfonate, tandis que le Polyquaternium-7 et le Polyquaternium-22 apportent le démêlage au rinçage, une base cohérente pour les cuirs chevelus sensibles. La chimie de l’oléfine sulfonate est détaillée dans notre article sur le Sodium C14-16 Olefin Sulfonate.
L’INEJ Smooth Shampoo de Code Zero, que les professionnels suisses trouvent sur cliCHair.ch, montre le schéma classique : Ammonium Lauryl Sulfate, Cocamidopropyl Betaine et Sodium Chloride en tête de liste. La bétaïne y tempère le sulfate et, avec le sel, construit la viscosité ; le guar cationique et les protéines hydrolysées de riz et de soja complètent l’effet lissant.
Comment reconnaître la CAPB et ses cousins dans une liste INCI ?
- Amidopropyl bétaïnes : Cocamidopropyl Betaine, Lauramidopropyl Betaine.
- Bétaïnes alkyles : Coco-Betaine, sans pont amidopropyle, donc sans impuretés DMAPA ni amidoamine.
- Sultaines : Cocamidopropyl Hydroxysultaine, zwitterionique sur toute la plage de pH.
- Amphoacétates : Sodium Cocoamphoacetate, Disodium Cocoamphodiacetate, dérivés de l’imidazoline.
Comme pour tout tensioactif, la position dans la liste est décisive : une bétaïne en deuxième ou troisième position indique un co-tensioactif majeur, alors qu’en tête de liste elle signale une base très douce, souvent destinée aux cuirs chevelus réactifs. Pour situer ces systèmes dans la logique des formules douces, voir aussi notre analyse des formulations sans sulfates.
Conclusion
La Cocamidopropyl Betaine doit sa place dans les shampoings à sa structure zwitterionique : une charge positive permanente et un carboxylate sensible au pH. Insérée dans les micelles des tensioactifs anioniques, elle réduit leur agressivité, enrichit la mousse et participe à la viscosité. Son seul point faible connu tient aux impuretés de fabrication, aujourd’hui maîtrisées par les spécifications des fournisseurs. Pour le coiffeur, la lire dans une liste INCI, c’est comprendre comment la formule a été adoucie.
